Avoir trop de projets, trop d'idées, trop d'envies simultanées. On appelle ça de la dispersion. Mais pour un multipotentiel, c'est souvent autre chose — et la confusion entre les deux coûte très cher.

Surcharge mentale chez le multipotentiel : dispersion ou richesse mal canalisée ? — Hanane Risayindi
La surcharge mentale chez le multipotentiel n'est pas de la dispersion — c'est une richesse mal canalisée, faute de système adapté.
© Hanane Risayindi

La surcharge mentale chez le multipotentiel est l'une des expériences les plus mal comprises — et les plus mal nommées. Il y a un moment que beaucoup de MultiPote ® en Belgique connaissent bien : celui où l'on regarde la liste de ce qu'on a lancé, commencé, envisagé — et où l'on se dit qu'on est décidément incapable de tenir le cap.

Trop de projets ouverts. Trop d'onglets dans le cerveau. Trop d'idées qui arrivent au mauvais moment. Et cette sensation d'être toujours en retard sur soi-même, même quand on travaille énormément.

On appelle ça de la dispersion. Et cette étiquette fait des dégâts.

Surcharge mentale chez le multipotentiel : dispersion ou multiplicité ?

La dispersion, au sens strict, c'est une absence de priorité. Un mouvement sans direction. De l'énergie qui se répand sans s'accumuler nulle part.

Ce que vivent beaucoup de multipotentiels, c'est différent. C'est une surcharge de directions valides simultanées. Chaque projet est réel. Chaque idée a du sens. Chaque engagement mérite d'exister. Le problème n'est pas l'absence de cap — c'est qu'il y en a trop à la fois, et qu'aucun système n'a été conçu pour tenir cette complexité.

Confondre les deux, c'est appliquer la mauvaise solution. On essaie de se discipliner, de se forcer à choisir, de "faire moins". Et ça ne marche pas — parce que le problème n'est pas le nombre de directions. C'est l'absence de structure pour les contenir.

Ce que la surcharge révèle vraiment

Quand un profil multipotentiel est en surcharge chronique, ce qu'il exprime en général c'est ceci : je n'ai pas encore trouvé comment organiser ce que je suis de façon à ce que ça fonctionne.

Pas un défaut de caractère. Pas un manque de volonté. Un manque de système adapté.

Les outils de productivité classiques sont conçus pour des gens qui ont un métier, une direction, un type de tâches récurrent. Ils fonctionnent bien pour eux. Pour un MultiPote ® qui travaille sur cinq types de projets différents, qui change régulièrement de priorité selon les saisons ou les opportunités, qui a besoin de variété pour maintenir son niveau d'énergie — ces outils créent souvent plus de culpabilité qu'ils n'apportent de clarté.

Christina Maslach, dont les travaux sur l'épuisement professionnel font référence depuis 1981, identifie le décalage entre les exigences d'un poste et les ressources disponibles comme moteur central du burnout. Pour le MultiPote ®, ce décalage prend une forme particulière : les outils et cadres disponibles ne correspondent pas à sa façon réelle de fonctionner.

Le rapport au travail comme question identitaire

C'est là que le sujet dépasse la productivité.

Comment tu travailles dit beaucoup sur comment tu te vois. Si tu passes ton temps à te juger pour ta façon de fonctionner — à te comparer à des standards qui ne sont pas faits pour toi — tu consacres une partie non négligeable de ton énergie à te battre contre toi-même.

Cette énergie-là est perdue deux fois : une fois parce qu'elle ne produit rien, une autre parce qu'elle épuise.

Emilie Wapnick, qui a formalisé le concept de multipotentialité, souligne que les multipotentiels portent souvent une culpabilité structurelle liée à leur façon d'être — une culpabilité qui n'a rien à voir avec leur capacité réelle à produire ou à s'engager.

Travailler avec sa nature plutôt que contre elle n'est pas un conseil vague. C'est un travail concret, qui commence par observer honnêtement comment tu fonctionnes réellement — pas comment tu penses que tu devrais fonctionner.

Ce que j'observe chez ceux qui s'en sortent

Les multipotentiels qui arrivent à travailler de façon fluide et productive ont souvent fait la même chose : ils ont arrêté de chercher LE système et ont commencé à construire LEUR système.

Un système qui tient compte de leurs cycles d'énergie. De leur besoin de variété. De la façon dont leurs projets se nourrissent les uns les autres plutôt que de se concurrencer. De ce qui les recharge versus ce qui les vide.

Ce n'est pas plus simple. Mais c'est beaucoup plus durable.

Hanane Risayindi accompagne les entrepreneurs multipotentiels à Bruxelles et partout en Belgique à construire un rapport au travail qui leur ressemble.

Questions fréquentes

Non. Elle est fréquente, mais pas inévitable. Elle survient surtout quand le MultiPote ® utilise des systèmes de travail conçus pour des profils monodirectionnels. Avec un système adapté à sa façon réelle de fonctionner, la surcharge diminue significativement.
La surcharge mentale persiste même après le repos physique. Elle se manifeste par une incapacité à prioriser, une sensation de paralysie devant trop d'options valides, et souvent une culpabilité diffuse. La fatigue simple se résout avec du repos.
Non. Ce qu'on appelle dispersion est souvent une multiplicité mal structurée — pas une absence de direction. La vraie dispersion, sans cap du tout, est rare. La plupart du temps, le MultiPote ® a trop de caps valides, pas aucun.
Oui, et souvent davantage que la moyenne — à condition que le système de travail soit aligné avec le profil. Les multipotentiels qui ont construit leur propre cadre de fonctionnement produisent souvent beaucoup plus que ce que leurs interlocuteurs anticipent.
La surcharge mentale chez le multipotentiel est souvent amplifiée par le sentiment de ne pas savoir comment se présenter ou se positionner. L'absence d'identité professionnelle claire crée une tension permanente qui consomme de l'énergie cognitive.
Pas nécessairement. Réduire le nombre de projets est une solution de surface si le vrai problème est l'absence de structure. Certains multipotentiels fonctionnent très bien avec beaucoup de projets simultanés — à condition d'avoir un système qui les contient.
Oui. Une surcharge chronique non traitée, combinée à une inadéquation entre le système de travail et le profil, crée les conditions du burnout. Le mécanisme est similaire à celui décrit par Maslach : épuisement émotionnel, sentiment de perte d'accomplissement, dépersonnalisation progressive.
Peu de ressources francophones existent spécifiquement pour les multipotentiels en Belgique. Websait propose un accompagnement dédié aux profils MultiPote ® — diagnostic, système de travail, positionnement — pensé pour le contexte belge.

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