J'ai longtemps cru que mes intérêts éparpillés étaient un défaut. Ils étaient le fil. Ce que j'ai découvert en accompagnant des multipotentiels m'a obligée à revoir tout ce que je croyais savoir sur la dispersion.

© Hanane Risayindi
Le fil rouge multipotentiel, on me l'a demandé des dizaines de fois — et longtemps, je n'ai pas su y répondre pour moi-même. Mes clients me posent cette question avec une pointe d'angoisse dans la voix : est-ce qu'il existe vraiment, ce fil, ou est-ce qu'on se raconte une histoire pour supporter l'éparpillement ?
Il existe. Mais il ne ressemble pas à ce qu'on attend.
Le fil rouge multipotentiel : ce que la dispersion cache vraiment
Quand j'ai commencé à exercer en Belgique — d'abord comme consultante en communication, puis comme créatrice de sites, puis comme formatrice LinkedIn, puis comme accompagnatrice de multipotentiels — j'entendais une remarque qui revenait sans cesse de mes clients : "mais que ne sais-tu pas faire ?"
Au début, ça me gênait. Comme si l'étendue de mes compétences était suspecte. Comme si savoir faire plusieurs choses bien était moins crédible que de n'en maîtriser qu'une seule.
Puis j'ai commencé à regarder ce qui reliait tous ces domaines entre eux. Pas les domaines eux-mêmes — la communication, le web, la psychologie, l'accompagnement — mais ce qui m'y avait menée. La même question revenait à chaque fois, sous des formes différentes : comment est-ce qu'on aide l'autre à se faire comprendre ? Comment est-ce qu'on traduit une identité en langage visible ?
Ce n'était pas de l'éparpillement. C'était un fil. Fin, discret, mais parfaitement continu.
Dans cet article
- Ce que j'entends quand un client dit "je ne sais pas qui je suis vraiment"
- Pourquoi la société a peur des multipotentiels
- Ce qu'Emilie Wapnick et Barbara Sher ont nommé avant nous
- Le fil rouge : un processus, pas un domaine
- Comment je le détecte chez mes clients
- Ce que ça change de l'avoir trouvé
- Le puzzle éclaté n'était pas cassé
Ce que j'entends quand un client dit "je ne sais pas qui je suis vraiment"
La phrase arrive souvent en début d'accompagnement. Elle arrive avec une sorte de honte rentrée.
Ce que la personne décrit ensuite : des années à changer de domaine, de métier, de projet. Une impression de recommencer à zéro en permanence. Le sentiment de n'être jamais assez spécialisée pour être légitime. Et en dessous de tout ça, quelque chose d'indéfinissable — une cohérence qu'elle perçoit mais qu'elle ne sait pas nommer.
Ce n'est pas un problème d'identité. C'est un problème de lecture.
La personne se lit à travers ses domaines. Elle devrait se lire à travers son processus. Et son processus, lui, n'a pas changé. Il s'est déployé sous des formes différentes, dans des contextes différents, avec des outils différents — mais il poursuit la même direction depuis le début.
Un multipotentiel ne change pas de mission. Il change de terrain d'expression. La mission, elle, reste la même.
C'est là que le fil rouge multipotentiel devient visible. Quand on arrête de chercher "le bon domaine" et qu'on commence à chercher ce qui, dans chaque domaine exploré, a produit la même sensation de sens.
Pourquoi la société a peur des multipotentiels
On nous a posé très tôt la question que j'entends encore résonner dans la voix de mes clients belges : "qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?"
Une question. Une réponse attendue. Un domaine. Une vocation. Un chemin tracé.
Emilie Wapnick l'a dit avec une clarté désarmante dans sa conférence TED visionnée plus de cinq millions de fois : cette question génère de l'angoisse précisément chez ceux qui ont trop d'intérêts pour en choisir un seul. Et la société interprète cette difficulté comme un défaut — de caractère, de volonté, de sérieux.
La norme valorise la spécialisation. Elle admet difficilement qu'on puisse être réellement compétent dans plusieurs domaines à la fois. C'est ce que Barbara Sher a documenté dans son travail de thérapeute et conseillère en carrière pendant plus de quarante ans.
Ce n'est pas un problème de génération. Les enfants qui entrent aujourd'hui dans la vie active savent déjà qu'ils changeront plusieurs fois de métier. Mais les adultes d'aujourd'hui ont grandi dans un modèle où la polyvalence était une preuve d'instabilité. Ils ont intériorisé cette lecture d'eux-mêmes. Et ils portent avec eux des années de légitimité érodée.
Je le vois chaque semaine dans mon travail. Des profils remarquables, porteurs d'une intelligence transversale rare, qui se présentent en s'excusant d'avoir "trop fait de choses".
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Ce qu'Emilie Wapnick et Barbara Sher ont nommé avant nous
Il y a deux figures qui ont fait un travail décisif pour les multipotentiels. Je leur dois de la clarté dans ma propre compréhension — et je les cite régulièrement avec mes clients.
Emilie Wapnick a popularisé le terme de "multipotentialiste" dans un TEDx devenu référence mondiale. Son livre How to Be Everything, traduit en treize langues, pose une thèse simple : avoir de nombreux intérêts n'est pas une limitation, c'est une structure cognitive particulière. Elle identifie trois forces spécifiques aux multipotentiels : la synthèse d'idées entre des champs distincts, l'apprentissage rapide, et l'adaptabilité. Ce ne sont pas des qualités secondaires. Ce sont précisément les compétences que les entreprises et les marchés les plus complexes appellent aujourd'hui.
Barbara Sher, thérapeute et conseillère en carrière américaine, a travaillé pendant des décennies avec ce qu'elle appelait les "scanners" — ceux qui, au lieu de plonger en profondeur dans un intérêt unique, balaient l'horizon de multiples curiosités. Son livre Je ne veux pas choisir !, traduit en français en 2020, est un outil fondamental : il aide les multipotentiels à retrouver une image positive d'eux-mêmes dans une société qui valorise les spécialistes. Et surtout, il pose la question qui libère : quel est le processus qui motive, derrière tous ces intérêts différents ? Pas le domaine. Le processus.
C'est là que tout bascule.
Le fil rouge : un processus, pas un domaine
Voilà ce que j'ai compris en me regardant honnêtement.
Chaque fois que je me suis dirigée vers un nouveau domaine — la psychologie, la communication, le webdesign, le positionnement LinkedIn, la formation — ce n'était pas la curiosité qui m'y menait. Ou du moins, pas uniquement. C'était une interrogation constante : comment est-ce qu'on aide quelqu'un à communiquer avec impact ? Comment est-ce qu'on révèle une identité qui se tait ?
Le logo, le site, la stratégie, l'article — ce sont des formats. Le fil, lui, c'est l'accompagnement de l'autre vers une expression plus juste de ce qu'il est.
Barbara Sher le formule comme une recherche du "reward" — la récompense interne qui revient à chaque exploration, quelle que soit la forme qu'elle prend. Ce reward n'est pas une passion. C'est une direction. Et cette direction, elle traverse toutes les passions successives ou simultanées du multipotentiel.
Identifier son fil rouge multipotentiel, c'est arrêter de chercher dans les domaines et commencer à chercher dans les sensations. Qu'est-ce qui a produit, à chaque fois, le sentiment que ce que je faisais comptait vraiment ?
Ce n'est pas un exercice de marketing personnel. C'est un acte d'honnêteté envers soi-même.
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© Hanane Risayindi
Comment je le détecte chez mes clients
L'accompagnement commence rarement par une liste de compétences. Il commence par une question différente.
Je demande : qu'est-ce qui, dans chacun de vos projets passés, vous a donné le sentiment que vous étiez exactement à votre place ? Pas le moment où ça a le mieux marché commercialement. Le moment où vous avez eu l'impression que ce que vous faisiez avait du sens.
Et là, quelque chose se passe.
Les réponses se ressemblent. Elles pointent vers la même direction, même si les contextes sont radicalement différents. Le client qui a travaillé dans l'enseignement, puis dans le marketing, puis dans le coaching — il revient toujours à la même chose : il aide les autres à voir ce qu'ils ne voyaient pas eux-mêmes.
La designeure qui a commencé par la mode, puis s'est tournée vers l'identité visuelle de marques, puis vers l'accompagnement de créateurs — elle revient toujours à la même chose : elle traduit en forme ce qui était invisible ou incompris.
Ce n'est pas une vocation unique au sens romantique du terme. C'est un processus récurrent. Et ce processus, une fois nommé, donne une cohérence à tout ce qui précédait. Il retransforme le puzzle éclaté en image lisible.
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Ce que ça change de l'avoir trouvé
Ce que j'observe chez mes clients en Belgique, une fois que le fil est nommé : un relâchement physique. Comme si quelque chose qu'ils portaient depuis longtemps posait enfin par terre.
Parce que le fil rouge ne sert pas uniquement à se présenter aux autres. Il sert à se réconcilier avec son propre parcours. À arrêter de voir les "détours" comme des erreurs. À comprendre que chaque domaine exploré a enrichi le processus central, sans l'avoir trahi.
C'est ce que Barbara Sher décrit comme le moment de restauration d'une image de soi positive : le multipotentiel comprend qu'il n'est ni anormal ni instable. Que ses centres d'intérêt multiples ne sont pas des symptômes d'une indécision chronique — ils sont les expressions successives d'un même moteur intérieur.
La légitimité d'un multipotentiel ne vient pas du nombre de domaines maîtrisés. Elle vient de la clarté avec laquelle il peut relier ces domaines à une direction qui lui appartient.
Et cette clarté, elle change tout — dans la façon dont on se présente, dont on signe ses offres, dont on choisit ses prochains projets. Elle n'efface pas la multipotentialité. Elle lui donne une forme que les autres peuvent enfin comprendre.
Le puzzle éclaté n'était pas cassé
J'ai accompagné des dizaines de multipotentiels depuis que j'ai commencé ce travail en Belgique. Des entrepreneurs, des consultants, des créatifs, des dirigeants.
Ils arrivent avec l'impression d'être un puzzle dont les pièces ne s'emboîtent pas. Ils repartent avec la conscience que toutes les pièces formaient déjà une image — ils ne la lisaient pas depuis le bon angle.
Ce qui m'a le plus frappée dans ce travail : le fil rouge était toujours là. Toujours. Parfois très fin, parfois évident une fois nommé, parfois surprenant — mais toujours présent. Et une fois vu, on ne pouvait plus ne pas le voir.
Emilie Wapnick l'écrit dans How to Be Everything : les multipotentiels ne sont pas des gens qui n'ont pas trouvé leur voie. Ce sont des gens câblés pour la largeur, pas uniquement pour la profondeur. Et cette largeur, quand elle est reliée à un processus conscient, devient une force que les spécialistes ne peuvent pas reproduire.
Ce que j'ajoute à cela, depuis mon expérience d'accompagnement : la largeur sans le fil génère de l'épuisement. La largeur avec le fil génère de la puissance.
Trouver le fil, c'est le travail. Pas le seul, mais le premier.
Questions fréquentes
Si cette question du fil vous traverse — si vous reconnaissez dans ce texte quelque chose que vous avez longtemps cherché à nommer — l'étape suivante est de le travailler concrètement, avec un regard extérieur.
L'audit4pro sur Websait est conçu pour ça : identifier avec précision le fil qui relie votre parcours et le traduire en positionnement lisible.
Et si vous voulez d'abord tester où vous en êtes, le test MultiPote ® est un bon point de départ.
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